Flânerie poétique

Flânerie poétique

Florilège

Hymne de l’automne

Euterpe, muse de la poésie lyrique, s'adresse au poète.

« Tu seras du vulgaire appelé frénétique, 

Insensé, furieux, farouche, fantastique, 

Maussade, malplaisant, car le peuple médit 

De celui qui de mœurs aux siennes contredit. 

Mais courage, Ronsard ! les plus doctes poètes, 

Les Sibylles, Devins, Augures et Prophètes, 

Hués, sifflés, moqués des peuples ont été, 

Et toutefois, Ronsard, ils disaient vérité. 

N'espère d'amasser de grands biens en ce monde : 

Une forêt, un pré, une montagne, une onde 

Sera ton héritage, et seras plus heureux 

Que ceux qui vont cachant tant de trésors chez eux. 

Tu n'auras point de peur qu'un Roi, de sa tempête, 

Te vienne en moins d'un jour escarbouiller la tête 

Ou confisquer tes biens, mais, tout paisible et coi, 

Tu vivras dans les bois pour la Muse et pour toi. » 

Ainsi disait la nymphe, et de là je vins être 

Disciple de Dorat, qui longtemps fut mon maître ; 

M'apprit la poésie, et me montra comment 

On doit feindre et cacher les fables proprement, 

Et à bien déguiser la vérité des choses 

D'un fabuleux manteau dont elles sont encloses. 

J'appris en son école à immortaliser 

Les hommes que je veux célébrer et priser, 

Leur donnant de mes biens, ainsi que je te donne 

Pour présent immortel l'Hymne de cet automne. 

 

Pierre de RONSARD (1555)

Une forêt, un pré, une montagne, une onde
Une forêt, un pré, une montagne, une onde

Veillée d’Avril

 Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.

Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,

Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves,

Je tords mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or.

 

Et voilà qu’à songer me revient un accord,

Un air bête d’antan, et sans bruit tu te lèves

Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves

Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

 

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie

D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,

Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

 

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,

Écoutant vaguement dans la nuit solitaire

Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

 

  Jules LAFORGUE (1860-1887) - Premiers poèmes

Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves

Consolation à Monsieur Du Périer  sur la mort de sa fille.

Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle,

Et les tristes discours

Que te met en l'esprit l'amitié paternelle

L'augmenteront toujours !

 

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

 

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

 

Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin,

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin.

 

Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,

Elle aurait obtenu

D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,

Qu'en fut-il advenu ?

 

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste

Elle eut plus d'accueil ?

Ou qu'elle eut moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

 

Non, non, mon Du Périer, aussitôt que la Parque

Ôte l'âme du corps,

L'âge s'évanouit au-deçà de la barque ,

Et ne suit point les morts.

 

Tithon n'a plus les ans qui le firent cigale :

Et Pluton aujourd'hui,

Sans égard du passé les mérites égale

D'Archémore et de lui.

 

Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes :

Mais songe à l'avenir,

Aime une ombre comme ombre, et de cendres éteintes,

Éteins le souvenir.

 

C'est bien je le confesse, une juste coutume,

Que le cœur affligé

Par le canal des yeux vidant son amertume

Cherche d'être allégé.

 

Même quand il advient que la tombe sépare

Ce que Nature a joint,

Celui qui ne s'émeut pas à l'âme d'un Barbare,

Ou n'en a du tout point.

 

Mais d'être inconsolable, et dedans sa mémoire

Enfermer un ennui,

N'est-ce pas se haïr pour acquérir la gloire

De bien aimer autrui ? 

 

François de Malherbe 1555-1628

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.

Tableaux parisiens. A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

 

Ailleurs, bien loin d’ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

Les Fleurs du Mal -   Charles BAUDELAIRE (1821-1897)

Un éclair... puis la nuit !
Un éclair... puis la nuit !

Caresse fanée

Je caressais tes joues, mon bébé, mon enfant,

Tes doigts se promenaient, sur ma main, tendrement,

Les jours se promenaient, tes doigts figeaient le temps,

Mais le temps caressait son dessein grimaçant

Et ma main se plissait, se fanait doucement.

Tes dix-sept ans !

Je pensais… c’était juste un petit cadeau.

Doigts furtifs.

 

Une larme, amère, me caresse la main,

Une main chiffonnée qui caressait l’espoir

D’indiquer le chemin,

Une larme, amère, me caresse la joue,

Une joue trop ridée qui cache ses gerçures,

Ses blessures, ses cassures.

Je caressais tes joues, mon bébé, mon enfant,

Mes joues s’enlaidissaient,

Laissant glisser le temps,

Et tes doigts s’éloignaient de ma main,

Doucement.

 

© Dominique Marcel Fache 2008

 

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 qui caressait l’espoir  D’indiquer le chemin
qui caressait l’espoir D’indiquer le chemin

Chanson d'automne

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon cœur

D'une langueur

Monotone.

 

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure.

 

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la Feuille morte.

 

Paul VERLAINE   (1844-1896)

Et je m'en vais Au vent mauvais Pareil à la Feuille morte
Et je m'en vais Au vent mauvais Pareil à la Feuille morte

Spleen

Tout m'ennuie aujourd'hui. J'écarte mon rideau,

En haut ciel gris rayé d'une éternelle pluie,

En bas la rue où dans une brume de suie

Des ombres vont, glissant parmi les flaques d'eau.

 

Je regarde sans voir fouillant mon vieux cerveau,

Et machinalement sur la vitre ternie

Je fais du bout du doigt de la calligraphie.

Bah ! sortons, je verrai peut-être du nouveau.

 

Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne.

Des fiacres, de la boue, et l'averse toujours...

Puis le soir et le gaz et je rentre à pas lourds...

 

Je mange, et bâille, et lis, rien ne me passionne...

Bah ! Couchons-nous. - Minuit. Une heure. Ah ! chacun dort !

Seul, je ne puis dormir et je m'ennuie encor.

 

Jules Laforgue  (1860-1887)

En haut ciel gris rayé d'une éternelle pluie
En haut ciel gris rayé d'une éternelle pluie

Romances sans paroles

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?

 

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

 

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s'écœure.

Quoi ! nulle trahison ?...

Ce deuil est sans raison.

 

C'est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine !

 

Paul Verlaine - 1844-1896

Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville
Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville

Mignonne, allons voir si la rose…

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

 

Las! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place,

Las, las ses beautés laissé choir

O vraiment marâtre Nature,

Puisqu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

 

Donc, si vous me croyez, mignonne

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse:

Comme à cette fleur, la vieillesse

Fera ternir votre beauté.

 

Odes-    Pierre de Ronsard 1524 - 1585 

Mignonne, allons voir si la rose
Mignonne, allons voir si la rose

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune

Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?

Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,

Cet honnête désir de l’immortalité,

Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

 

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune

Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté

Dessus le vert tapis d’un rivage écarté

Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

 

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,

Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,

Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

 

De la postérité je n’ai plus de souci,

Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,

Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient.

 

Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558)

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune  Les Muses me donnaient
Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune Les Muses me donnaient

Brise marine

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres

D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !

 

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe

Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend

Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

 

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Lève l'ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,

Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !

 

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,

Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...

Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

 

Stéphane MALLARME (1842-1898)  

... rien, ni les vieux jardins...
... rien, ni les vieux jardins...

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?

- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

 

- Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois-tu mon âme en rêve ? 

- Non. Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

 

 - Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

 

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

 Paul VERLAINE   (1844-1896)

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Dans le vieux parc solitaire et glacé

Les Conquérants

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal, 

Fatigués de porter leurs misères hautaines, 

De Palos de Moguer, routiers et capitaines 

Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal. 

 

Ils allaient conquérir le fabuleux métal 

Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines, 

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes 

Aux bords mystérieux du monde Occidental. 

 

Chaque soir, espérant des lendemains épiques, 

L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques 

Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ; 

 

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles, 

Ils regardaient monter en un ciel ignoré 

Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles. 

 

José-Maria de HEREDIA, Les Trophées (1893)

Chaque soir, espérant des lendemains épiques
Chaque soir, espérant des lendemains épiques

Siffle avec les oiseaux

Sonnerie

Le réveil

D’un seul doigt les néons, les vingt-et-un degrés, vite,

Un café déjà chaud, la main câline l’eau,

L’horizon sur écran, que dit la météo

Une embellie,

Bientôt.

 

Des inventions magiques,

Des connexions magiques,

Je vends même le vent, des arguments magiques,

Et j’achète le temps, petits robots magiques.

 

Ah ! la baguette magique !

La solution magique aux tentations magiques,

Des illusions magiques,

Les pilules magiques,

Vite, un bonheur magique…

Mené à la baguette !

 

Tu t’éveilles,

Colorie la journée,

Petits pas, grand bol d’air,

Invite la framboise, caresse la rosée,

Écoute les échos, regarde l’horizon, siffle avec les oiseaux.

Toi, tu verras s’il fait beau.

 

© Dominique Marcel Fache 2008

 

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Siffle avec les oiseaux
Siffle avec les oiseaux

Sonnet à Marie

Je vous envoie un bouquet que ma main

Vient de trier de ces fleurs épanies ;

Qui ne les eût à ce vêpre cueillies,

Chutes à terre elles fussent demain.

 

Cela vous soit un exemple certain

Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,

En peu de temps cherront toutes flétries,

Et, comme fleurs, périront tout soudain.

 

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame ;

Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,

Et tôt serons étendus sous la lame ;

 

Et des amours desquelles nous parlons,

Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle.

Pour c'aimez-moi cependant qu'êtes belle.

 

Pierre de Ronsard -  1524-1585

Je vous envoie un bouquet
Je vous envoie un bouquet

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

 

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

 

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la douceur angevine.

 

Joachim DU BELLAY   (1522-1560)

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin
Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin

La vie, à grands pas

Le plus triste dans la vie,

C’est se consacrer aux études, les réussir brillamment,

Le plus triste dans la vie,

C’est travailler assidument, mener sa carrière hardiment,

Le plus triste dans la vie,

C’est se détendre sur la plage et glisser sur la neige, insouciant,

Sans jamais les avoir vus,

Sans avoir choisi le temps de les admirer,

Sans jamais les avoir entendus,

Sans avoir choisi le temps de leur parler,

Sans jamais les avoir connus,

Sans avoir choisi le temps de les aimer ;

Leur cœur vous a cherché

Mais n’a jamais trouvé,

Un jour ils disparurent, définitivement,

Les parents.

 

 ©  Dominique Marcel Fache 2008

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Le plus triste dans la vie,  C’est se détendre sur la plage
Le plus triste dans la vie, C’est se détendre sur la plage

À Philis

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,

Et la mer est amère, et l'amour est amer,

L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,

Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

 

Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,

Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,

Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,

Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

 

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,

Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau

Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

 

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,

Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,

Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

 

A Philis (extrait)      Pierre de Marbeuf  (1596-1645)

Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage

Odelette à l'Arondelle

Tay toy, babillarde Arondelle,

Ou bien, je plumeray ton aile

Si je t'empongne, ou d'un couteau

 

Je te couperay la languette,

Qui matin sans repos caquette

Et m'estourdit tout le cerveau.

 

Je te preste ma cheminée,

Pour chanter toute la journée,

De soir, de nuict, quand tu voudras.

 

Mais au matin ne me reveille,

Et ne m'oste quand je sommeille

Ma Cassandre d'entre mes bras.

 

Pierre de RONSARD   (1524-1585)

Tay toy, babillarde
Tay toy, babillarde

Voyelles voletez !

Voyelles voletez vers vos divins phonèmes,
Voguez, vibrez, valsez,
Félicité suprême,
Invitez l’émotion, vivez l’ivresse extrême,
Écrivez, inventez le plus tendre poème
Vous lui révélerez, doucement, que je l’aime.
© Dominique Fache 2008.
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Voletez
Voletez

Quand vous serez bien vieille…

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant,

Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :

« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ! »

 

Lors vous n’aurez servante oyant  telle nouvelle,

Déjà sous le labeur à demi sommeillant,

Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,

Bénissant votre nom de louange immortelle.

 

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,

Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :

Vous serez au foyer une vieille accroupie,

 

Regrettant mon amour et votre fier dédain.

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie

 

Sonnets pour Hélène, II, 43,   1578 - Pierre de Ronsard

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie

Je t’aime

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues

Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu

Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud

Pour la neige qui fond pour les premières fleurs

Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas

Je t’aime pour aimer

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte

Entre autrefois et aujourd’hui

Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille

Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir

Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie

Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne

Pour la santé

Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion

Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas

Tu crois être le doute et tu n’es que raison

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête

Quand je suis sûr de moi.

 

Le Phénix  -  Paul Éluard (1895-1952)

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête


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