Qu'est-ce qu'un énoncé performatif ?

La performativité

L'énoncé performatif réalise une action par le fait même de son énonciation.  

 

Voici des exemples, extraits de "Lettres Folles", un poème de 38 vers libres.

 

"Consonnes et voyelles s'associent, fête folle

Dansent sur les phonèmes les plus extravagants..."

Les lettres s’unissent pour écrire les signifiants « consonnes et voyelles, s'associent ». L’acte "s'associent" coïncide avec l’énonciation de cet acte (on voit les consonnes et les voyelles former les mots), c’est un énoncé performatif. 

 

                          "Les confettis volètent, neige versicolore

                           Moquettent l’avenue, tissent des métaphores."

 Les confettis ressemblent à une neige multicolore. Ils semblent tisser une moquette quand ils tombent sur le sol. Le signe « métaphores » est une métaphore directe qui représente la neige et la moquette, elles-mêmes métaphores annoncées qui représentent les confettis. Le mot « métaphores » se désigne lui-même : c’est une autonymie.

  

"Fier, le tambourin roule une allitération."

Le fier tambourin parade sur un vers isolé afin de ne pas se mêler aux autres instruments.

Les sons émis par les roulements du tambour ressemblent à une allitération en consonne roulée [r].

« Allitération » est une métaphore qui remplace « roulements de tambour ». J’écris le signe « allitération » qui, lui-même, renforce une allitération en [r] « fier, tambourin, roule, allitération ». C’est une nouvelle autonymie.

 

                           "Des faux nez grimaçants grosse tête en carton

                              Ravissante laideur, oxymoron bouffon"

 « Ravissante laideur » désigne les faux nez et les grosses têtes c’est une métaphore annoncée. L’oxymoron bouffon est mis en apposition à cette ravissante laideur, elle-même oxymoron...
 
 

  "         La timide litote esquisse une escapade,

    En veston d’hyperbole, elle conte parades,

   Grandioses cavalcades, facéties insensées,

   Joyeuse débandade et chars démesurés."

 Le verbe « esquisse » révèle la retenue d’une litote aux petits caractères.

Comme l’indique le blanc typographique, cette litote voulait rester en retrait, mais aujourd’hui les consonnes et les voyelles l’accoutrent d’un veston, la déguisent en hyperbole. La cavalcade devient grandiose, les farces deviennent insensées, les ribambelles deviennent d'agréables débandades suivies de chars immenses ; l’hyperbole se pare de caractères typographiques agrandis et les prolixes allitérations en [d, t] et [s] débordent les exubérantes assonances en [a] et [i]. 


"Ce discours narratif a une fonction poétique, c’est un spectacle : je jongle avec les procédés littéraires. S’il permet à des élèves de retenir plus facilement le rôle de quelques techniques, il a aussi une fonction métalinguistique".  

 

© Dominique Marcel Fache 

 

Sur 10 pages, je vous explique comment j'ai écrit le poème, mot à mot. Je propose une lecture linéaire et nous analysons les arguments implicites. 


Vous trouverez d'autres énoncés performatifs dans mes textes :

Le sketch qui n'existe pas

 

« — Mon Sketch ! ... mais... tu pleures mon Sketch ? ... mais... pourquoi ? Dis-moi vite ! »

Maintenant le comédien s’adresse au sketch qu’il est en train d’interpréter, la situation devient absurde. Surpris, il utilise une suite de mots brefs. Il parle sur un ton protecteur « dis-moi vite ! », il répète l’attendrissant adjectif possessif « mon », une majuscule initiale transforme le nom commun en nom propre « Sketch. (...)

Je n’ai jamais fait rire le public, je ne sers à rien... je ne suis pas un vrai Sketch, je n’existe pas ! "

  

Donnez !

 

Je souhaite amuser les spectateurs en écrivant un énoncé performatif, le comédien interprète un sketch qui s’écarte du bon sens et il déclare :

"j’ai donné ma raison, voyez ce que cela donne ». (...)

Je vous donne ma parole, je vais me donner en spectacle"

 

Traces

 

 " [...]  Sur un cahier ouvert, mais tendez-lui la main

 Dépoussiérez les vers, relisez le quatrain.

 La plume et l’encrier, la chandelle empressés

 Le rythme retrouvé, des rimes embrassées [...] "

 Je demande au destinataire de relire les vers afin de tirer profit de l’expérience des anciens, de consoler la plume et de câliner le cahier en écrivant, de faire vivre l’œuvre au-delà de la mort de l’auteur « dépoussiérez les vers ».

J’écris « des rimes embrassées » et, dans la strophe suivante, profitant de la polysémie du mot, je remplace réellement les rimes suivies par des rimes embrassées « instant / lumière / poussière / temps », c’est un énoncé performatif. 

 

 Perpendiculaires

 

 « La jeune fille a passé les épreuves de français et, depuis, elle aime se remémorer le texte qu’elle a commenté le jour de l’examen. C’est ainsi qu’elle s’évade « Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive... » de Chateaubriand.

Je m’approprie l’extrait et c’est Adeline qui est tirée de ses réflexions par le gazouillement d’une grive. » 

  

© Dominique Marcel Fache 


Voici des notions abordées dans l’analyse du poème "Lettres folles" :

 

discours narratif, discours argumentatif

énoncé performatif

fonction métalinguistique, fonction poétique

anaphore, autonymie, hyperbole, litote, métonymie, oxymore ou oxymoron, personnification, synecdoque

isotopie

métaphore annoncée, métaphore directe, comparant, comparé

phonème, allitération, assonance, homéotéleute, paréchème

 rythme croissant, rythme binaire, rythme quaternaire, mesure, accent de groupe, accent tonique, accent d’insistance

sens littéral

signe, signifiant

thèse implicite 



Les procédés littéraires et l'implicite, comprendre, analyser, écrire

L'Analyse approfondie du poème, de l'élaboration à l'interprétation - Edition 2022 

Un poète vous explique comment il utilise les procédés littéraires -  Edition 2018 

Analyse approfondie du poème, de l'élaboration à l'interprétation
Un poète vous explique... les procédés littéraires

                    Tome 1               Tome 2



Collection de textes courts

Des sketchs, des nouvelles et des poèmes, écrits dans un registre lyrique, élégiaque, merveilleux, pathétique, épidictique, polémique, satirique, didactique, ou comique.

Découvrez les 44 textes dans mon recueil