Flânerie poétique : les arbres

Florilège, nature et poésie

Flânerie, des poèmes, des fruits, des fleurs, des feuilles

à Gamaches

Siffle avec les oiseaux

Sonnerie
Le réveil
D’un seul doigt les néons, les vingt-et-un degrés, vite,
Un café déjà chaud, la main câline l’eau,
L’horizon sur écran, que dit la météo
Une embellie,
Bientôt.

Des inventions magiques,
Des connexions magiques,
Je vends même le vent, des arguments magiques,
Et j’achète le temps, petits robots magiques.

Ah ! La baguette magique !
La solution magique aux tentations magiques,
Des illusions magiques,
Les pilules magiques,
Vite, un bonheur magique…
Mené à la baguette !

Tu t’éveilles,
Colorie la journée,
Petits pas, grand bol d’air,
Invite la framboise, caresse la rosée,
Écoute les échos, regarde l’horizon, siffle avec les oiseaux.
Toi, tu verras s’il fait beau.

© Dominique Fache 2008  

fleurs de marronnier
vert et bleu

Enfance

Au jardin des cyprès je filais en rêvant,

Suivant longtemps des yeux les flocons que le vent

Prenait à ma quenouille, ou bien par les allées

Jusqu’au bassin mourant que pleurent les saulaies

Je marchais à pas lents, m’arrêtant aux jasmins,

Me grisant du parfum des lys, tendant les mains

Vers les iris fées gardés par les grenouilles.

Et pour moi les cyprès n’étaient que des quenouilles,

Et mon jardin, un monde où je vivais exprès

Pour y filer un jour les éternels cyprès.

 

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

fleur arbuste
arbustes en décembre

Chanson d'automne

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon cœur

D'une langueur

Monotone.

 

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure.

 

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la Feuille morte.

 

Paul VERLAINE   (1844-1896)

Et je m'en vais Au vent mauvais Pareil à la Feuille morte
Et je m'en vais Au vent mauvais Pareil à la Feuille morte
soleil dans les ramures
Pommes et baies rouges
arbre fleuri en mai

L'échelonnement des haies

L'échelonnement des haies

Moutonne à l'infini, mer

Claire dans le brouillard clair

Qui sent bon les jeunes baies.

 

Des arbres et des moulins

Sont légers sur le vert tendre

Où vient s'ébattre et s'étendre

L'agilité des poulains.

 

Dans ce vague d'un Dimanche

Voici se jouer aussi

De grandes brebis aussi

Douces que leur laine blanche.

 

Tout à l'heure déferlait

L'onde, roulée en volutes,

De cloches comme des flûtes

Dans le ciel comme du lait.

 

Sagesse, III, 1881 - Paul Verlaine 

feuilles rouges en automne
couleurs d'automne
feuillage d'automne
Reflet dans l'eau

Hymne de l’automne

Euterpe, muse de la poésie lyrique, s'adresse au poète.

« Tu seras du vulgaire appelé frénétique, 

Insensé, furieux, farouche, fantastique, 

Maussade, malplaisant, car le peuple médit 

De celui qui de mœurs aux siennes contredit. 

Mais courage, Ronsard ! les plus doctes poètes, 

Les Sibylles, Devins, Augures et Prophètes, 

Hués, sifflés, moqués des peuples ont été, 

Et toutefois, Ronsard, ils disaient vérité. 

N'espère d'amasser de grands biens en ce monde : 

Une forêt, un pré, une montagne, une onde 

Sera ton héritage, et seras plus heureux 

Que ceux qui vont cachant tant de trésors chez eux. 

Tu n'auras point de peur qu'un Roi, de sa tempête, 

Te vienne en moins d'un jour escarbouiller la tête 

Ou confisquer tes biens, mais, tout paisible et coi, 

Tu vivras dans les bois pour la Muse et pour toi. » 

Ainsi disait la nymphe, et de là je vins être 

Disciple de Dorat, qui longtemps fut mon maître ; 

M'apprit la poésie, et me montra comment 

On doit feindre et cacher les fables proprement, 

Et à bien déguiser la vérité des choses 

D'un fabuleux manteau dont elles sont encloses. 

J'appris en son école à immortaliser 

Les hommes que je veux célébrer et priser, 

Leur donnant de mes biens, ainsi que je te donne 

Pour présent immortel l'Hymne de cet automne. 

 

RONSARD 1555

Une forêt, un pré, une montagne, une onde
Une forêt, un pré, une montagne, une onde
mare en forêt
sous les saules
vinaigrier en novembre
baies rouges
coucher de soleil en lisière de bois près de Criel-sur-Mer
feuilles d'automne
Novembre

Premier sourire du printemps

Tandis qu'à leurs œuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rit, malgré les averses,

Prépare en secret le printemps.

 

Pour les petites pâquerettes,

Sournoisement lorsque tout dort,

Il repasse des collerettes

Et cisèle des boutons d'or.

 

Dans le verger et dans la vigne,

Il s'en va, furtif perruquier,

Avec une houppe de cygne,

Poudrer à frimas l'amandier.

 

La nature au lit se repose ;

Lui descend au jardin désert,

Et lace les boutons de rose

Dans leur corset de velours vert.

 

Tout en composant des solfèges,

Qu'aux merles il siffle à mi-voix,

Il sème aux prés les perce-neiges

Et les violettes aux bois.

 

Sur le cresson de la fontaine

Où le cerf boit, l'oreille au guet,

De sa main cachée il égrène

Les grelots d'argent du muguet.

 

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,

Il met la fraise au teint vermeil,

Et te tresse un chapeau de feuilles

Pour te garantir du soleil.

 

Puis, lorsque sa besogne est faite,

Et que son règne va finir,

Au seuil d'avril tournant la tête,

Il dit : " Printemps, tu peux venir ! "

 

Théophile GAUTIER   (1811-1872)

fleurs roses fin avril
arbuste fleuri rose
arbre fleuri en avril
vigne rouge sur ciel bleu et nuages
feuilles dorées
feuilles en novembre
sapin au crépuscule
coucher de soleil dans les bois en hiver
gui sur les arbres en hiver
Arbres givrés à Berneval-le-Grand
buissons d'automne

Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

Et l'on entend à peine leurs paroles.

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé

Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?

- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

 

- Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?

Toujours vois-tu mon âme en rêve ? 

- Non. Ah ! les beaux jours de bonheur indicible

Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

 

 - Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !

- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

 

Tels ils marchaient dans les avoines folles,

Et la nuit seule entendit leurs paroles.

 

 Paul VERLAINE   (1844-1896)

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Dans le vieux parc solitaire et glacé
un arbre mystérieux
Troncs cassés
boules de gui dans un arbre
gel en janvier 2017
arbre sur ciel d'hiver
arbres givrés
Tronc d'arbre au bord de l'eau

Le Vieillard et les trois jeunes Hommes

Un octogénaire plantait.

Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge !

Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage ;

Assurément il radotait.

Car, au nom des Dieux, je vous prie,

Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir ?

Autant qu'un Patriarche il vous faudrait vieillir.

A quoi bon charger votre vie

Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ?

Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées :

Quittez le long espoir et les vastes pensées ;

Tout cela ne convient qu'à nous.

- Il ne convient pas à vous-mêmes,

Repartit le Vieillard. Tout établissement

Vient tard et dure peu. La main des Parques blêmes

De vos jours et des miens se joue également.

Nos termes sont pareils par leur courte durée.

Qui de nous des clartés de la voûte azurée

Doit jouir le dernier ? Est-il aucun moment

Qui vous puisse assurer d'un second seulement ?

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :

Eh bien défendez-vous au Sage

De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?

Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui :

J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ;

Je puis enfin compter l'Aurore

Plus d'une fois sur vos tombeaux.

Le Vieillard eut raison ; l'un des trois jouvenceaux

Se noya dès le port allant à l'Amérique ;

L'autre, afin de monter aux grandes dignités,

Dans les emplois de Mars servant la République,

Par un coup imprévu vit ses jours emportés.

Le troisième tomba d'un arbre

Que lui-même il voulut enter ;

Et pleurés du Vieillard, il grava sur leur marbre

Ce que je viens de raconter.

 

Les Fables -  Jean de la Fontaine - 1621 - 1695

Tronc à tête de monstre
Paysage d'automne
Paysage printanier à Oust Marest

Mandoline

Les donneurs de sérénades

Et les belles écouteuses

Echangent des propos fades

Sous les ramures chanteuses.

 

C'est Tircis et c'est Aminte,

Et c'est l'éternel Clitandre,

Et c'est Damis qui pour mainte

Cruelle fait maint vers tendre.

 

Leurs courtes vestes de soie,

Leurs longues robes à queues,

Leur élégance, leur joie

Et leurs molles ombres bleues

 

Tourbillonnent dans l'extase

D'une lune rose et grise,

Et la mandoline jase

 Parmi les frissons de brise.

 

Fêtes galantes - Paul VERLAINE (1844-1896)( 


Bac et études littéraires : mon manuel "Analyse approfondie du poème"

 Travail de fond sur l'écriture poétique, de l'élaboration à l'interprétation 



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