Florilège

Florilège

Des poèmes et des fleurs de toutes les couleurs

Floraison

Bercées,

Clochettes enneigées,

Les timides fleurettes,

Balancé par le vent fragile muguet,

Secoués tendrement comme des hochets.
      La nature dispose,

      Délicates dragées,

      Ses pétales blanc-rose,

      Bleutés et orangés.
Corole écarquillée sourit une anémone.

Aux anges les prairies, l’air serein carillonne !
Loin des massifs, un liseron, la vigne-vierge,

L’hortensia joufflu s’amuse avec le jasmin,

Déjà le genêt jaunit, joyau dans son jardin,

Rougissent les roses pompon devant les manèges,

Un papillon butine une blanche azalée,

Grimpe le liseron en recouvrant la vigne,

La jonquille en sanglots, cent larmes de rosée,

Son narcisse a séduit un miroir étonné.

Jacinthe au fond des bois surprend une amourette,

Dansent la capucine et la belle-de-nuit.

L’envahissant souci caresse une pensée,  

Le riche bouton d’or dorlote ses racines,

Le pavot se pavane, intéressé, sournois,
Piquent, les orties piquent.

Le chardon sombre blesse.

Tue l’amanite phalloïde.

Fertiles ronceraies, cruelle dionée !

L’enfance fanée.

 

© Dominique Fache 2008

fleur d'un jaune d'or à Bracquemont

Invocation

Je voudrais célébrer dans des vers ingénus

Les plantes, leurs amours, leurs penchants inconnus,

L’humble mousse attachée aux voûtes des fontaines,

L’herbe qui d’un tapis couvre les vertes plaines,

Sur ces monts exaltés le cèdre précieux

Qui parfume les airs, et s’approche des cieux

Pour offrir son encens au Dieu de la nature,

Le roseau qui frémit au bord d’une onde pure,

Le tremble au doux parler, dont le feuillage frais

Remplit de bruits légers les antiques forêts,

Et le pin qui, croissant sur des grèves sauvages,

Semble l’écho plaintif des mers et des orages :

L’innocente nature et ses tableaux touchants,

Ainsi qu’à mon amour auront part à mes chants.

  

François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature, 1784-1790

buisson aux fleurs jaunes sur la falaiseà Penly
Lamier jaune
fleur jaune d'automne
fleurs printanières
fleur aux pétales très fins, violets, coeur blanc
lilas
fleur bleue et rose
Tulipes roses, clochettes bleues et blanches

Mignonne, allons voir si la rose…

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

 

Las! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place,

Las, las ses beautés laissé choir

O vraiment marâtre Nature,

Puisqu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

 

Donc, si vous me croyez, mignonne

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse:

Comme à cette fleur, la vieillesse

Fera ternir votre beauté.

 

Odes-    Pierre de Ronsard 1524 - 1585 

Mignonne, allons voir si la rose
Mignonne, allons voir si la rose
hortensia rose et mauve

A une fleur séchée dans un album

Il m’en souvient, c’était aux plages

Où m’attire un ciel du midi,

Ciel sans souillure et sans orages,

Où j’aspirais sous les feuillages

Les parfums d’un air attiédi.

 

Une mer qu’aucun bord n’arrête

S’étendait bleue à l’horizon ;

L’oranger, cet arbre de fête,

Neigeait par moments sur ma tête ;

Des odeurs montaient du gazon.

 

Tu croissais près d’une colonne

D’un temple écrasé par le temps ;

Tu lui faisais une couronne,

Tu parais son tronc monotone

Avec tes chapiteaux flottants ;

 

Fleur qui décores la ruine

Sans un regard pour t’admirer !

Je cueillis ta blanche étamine,

Et j’emportai sur ma poitrine

Tes parfums pour les respirer.

 

Aujourd’hui, ciel, temple et rivage,

Tout a disparu sans retour :

Ton parfum est dans le nuage,

Et je trouve, en tournant la page,

La trace morte d’un beau jour !

 

Vingt-huitième méditation Alphonse de Lamartine (1790-1869) 

Champ de colza
Champ de colza à Bracquemont

J'aime l'araignée

J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,

Parce qu'on les hait ;

Et que rien n'exauce et que tout châtie

Leur morne souhait ;

 

Parce qu'elles sont maudites, chétives,

Noirs êtres rampants ;

Parce qu'elles sont les tristes captives

De leur guet-apens ;

 

Parce qu'elles sont prises dans leur œuvre ;

Ô sort ! fatals nœuds !

Parce que l'ortie est une couleuvre,

L'araignée un gueux ;

 

Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,

Parce qu'on les fuit,

Parce qu'elles sont toutes deux victimes

De la sombre nuit...

 

Passants, faites grâce à la plante obscure,

Au pauvre animal.

Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,

Oh ! plaignez le mal !

 

Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;

Tout veut un baiser.

Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie

De les écraser,

 

Pour peu qu'on leur jette un œil moins superbe,

Tout bas, loin du jour,

La vilaine bête et la mauvaise herbe

Murmurent : Amour !

 

Victor HUGO   (1802-1885) 

herbe de la pampa
fleur des bois
fleurs de petits pois

Veillée d’Avril

 Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.

Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,

Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves,

Je tords mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or.

 

Et voilà qu’à songer me revient un accord,

Un air bête d’antan, et sans bruit tu te lèves

Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves

Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

 

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie

D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,

Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

 

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,

Écoutant vaguement dans la nuit solitaire

Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

 

  Jules LAFORGUE (1860-1887) - Premiers poèmes

Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves
ail décoratif

Sonnet à Marie

Je vous envoie un bouquet que ma main

Vient de trier de ces fleurs épanies ;

Qui ne les eût à ce vêpre cueillies,

Chutes à terre elles fussent demain.

 

Cela vous soit un exemple certain

Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,

En peu de temps cherront toutes flétries,

Et, comme fleurs, périront tout soudain.

 

Le temps s'en va, le temps s'en va, ma dame ;

Las ! le temps, non, mais nous nous en allons,

Et tôt serons étendus sous la lame ;

 

Et des amours desquelles nous parlons,

Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle.

Pour c'aimez-moi cependant qu'êtes belle.

 

Pierre de Ronsard -  1524-1585

fleurs printanières
rose trémière rose
Fleurs rose délavé de la famille des chrysanthèmes

La petite vierge

La petite Vierge Marie 

Passe les soirs de mai par la prairie, 

Ses pieds légers frôlant les brumes, 

Ses deux pieds blancs comme deux plumes.

 

S'en va comme une infante, 

Corsage droit, jupes bouffantes, 

Avec, à sa ceinture, un bruit bougeant 

Et clair de chapelet d'argent.

 

Aux deux côtés de la rivière 

Poussent par tas les fleurs trémières, 

Mais la Vierge, de berge en berge, 

Ne cherche que les lys royaux 

Qui s'érigent au bord de l'eau 

Comme flamberges.

 

Et puis saisit entre ses doigts, 

Un peu roides de séculaire empois, 

Un insecte qui dort, ailes émeraudées, 

Au cœur des plantes fécondées.

 

Et de sa douce main, enfin, 

Détache une chèvre qui broute 

A son piquet, au bord des routes, 

Et doucement la baise et la caresse 

Et gentiment la mène en laisse.

 

Alors, la petite Vierge Marie 

S'en vient trouver le vieux tilleul de la prairie, 

Dont les rameaux pareils à des trophées 

Recèlent les mille légendes,

 

Et, humble, adresse enfin ces trois offrandes, 

Sous le grand arbre, aux bonnes fées, 

Qui autrefois, au temps des merveilleuses seigneuries, 

Furent comme elle aussi 

Les bonnes dames de la prairie.

 

Émile VERHAEREN   (1855-1916)

rose tendre au cœur jaune
œillets d'Inde roses au cœur rouge
guirlande printanière
Hortensia rouge
fleurs sous la pluie de novembre à Etalondes

Crépuscule

L'étang mystérieux, suaire aux blanches moires,

Frisonne; au fond du bois la clairière apparaît ;

Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;

Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

 

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?

Vous qui passez dans l'ombre, êtes-vous des amants ?

Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines;

L'herbe s'éveille et parle aux sépulcres dormants.

 

Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?

Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.

Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe;

Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

 

Dieu veut qu'on ait aimé. Vivez ! faites envie,

O couples qui passez sous le vert coudrier.

Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,

On emporta d'amour, on l'emploie à prier.

 

Les mortes d'aujourd'hui furent jadis les belles.

Le ver luisant dans l'ombre erre avec son flambeau.

Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,

Le brin d'herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

 

La forme d'un toit noir dessine une chaumière;

On entend dans les prés le pas lourd du faucheur;

L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de lumière,

Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

 

Aimez-vous ! c'est le mois où les fraises sont mûres.

L'ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,

Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,

Les prières des morts aux baisers des vivants.

 

Victor Hugo, « Crépuscule », Les Contemplations, II (1856)   

épi de maïs
bouquet de jonquilles
perles de pluie sur pétales jaunes
Fleur de colza
fleur jaune printanière
pommiers alignés et allée couverte de pissenlits fleuris

Consolation à Monsieur Du Périer  sur la mort de sa fille.

Ta douleur, Du Périer, sera donc éternelle,

Et les tristes discours

Que te met en l'esprit l'amitié paternelle

L'augmenteront toujours !

 

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

 

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

 

Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin,

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin.

 

Puis quand ainsi serait, que selon ta prière,

Elle aurait obtenu

D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,

Qu'en fut-il advenu ?

 

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste

Elle eut plus d'accueil ?

Ou qu'elle eut moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

 

Non, non, mon Du Périer, aussitôt que la Parque

Ôte l'âme du corps,

L'âge s'évanouit au-deçà de la barque ,

Et ne suit point les morts.

 

Tithon n'a plus les ans qui le firent cigale :

Et Pluton aujourd'hui,

Sans égard du passé les mérites égale

D'Archémore et de lui.

 

Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes :

Mais songe à l'avenir,

Aime une ombre comme ombre, et de cendres éteintes,

Éteins le souvenir.

 

C'est bien je le confesse, une juste coutume,

Que le cœur affligé

Par le canal des yeux vidant son amertume

Cherche d'être allégé.

 

Même quand il advient que la tombe sépare

Ce que Nature a joint,

Celui qui ne s'émeut pas à l'âme d'un Barbare,

Ou n'en a du tout point.

 

Mais d'être inconsolable, et dedans sa mémoire

Enfermer un ennui,

N'est-ce pas se haïr pour acquérir la gloire

De bien aimer autrui ? 

 

François de Malherbe 1555-1628

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
dahlia orange
giroflées
fleur printanière aux pétales oranges
bouquet de fleurs
baies rouges de houx
Je vous envoie un bouquet
Je vous envoie un bouquet
massif de délicates fleurs rouges
multitude de petites baies rouges
fleur rouge au coeur jaune
massif de fleurs blanches et rouges
petite rose rouge
fleur cœur rouge entouré d'étamine jaunes
petites baies rouges en fin d'hiver
pavot et fleurs variées en bord de route en été

Quand vous serez bien vieille…

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant,

Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :

« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ! »

 

Lors vous n’aurez servante oyant  telle nouvelle,

Déjà sous le labeur à demi sommeillant,

Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,

Bénissant votre nom de louange immortelle.

 

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,

Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :

Vous serez au foyer une vieille accroupie,

 

Regrettant mon amour et votre fier dédain.

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie

 

Sonnets pour Hélène, II, 43,   1578 - Pierre de Ronsard

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie
hortensia bleu violet
fruits, le cassis
fleur violet délavé
feuilles de laurier recouvertes de givre
feuilles sous la pluie

Ordre du jour de floréal

Victoire, ami ! je dépêche

En hâte et de grand matin

Une strophe toute fraîche

Pour crier le bulletin.

 

J'embouche sur la montagne

La trompette aux longs éclats ;

Sachez que le printemps gagne

La bataille des lilas.

 

Jeanne met dans sa pantoufle

Son pied qui n'est plus frileux ;

Et voici qu'un vaste souffle

Emplit les abîmes bleus.

 

L'oiseau chante, l'agneau broute ;

Mai, poussant des cris railleurs,

Crible l'hiver en déroute

D'une mitraille de fleurs.

 

Les chansons des rues et des bois (1865). Victor Hugo (1802-1885)

crème orange
narcisse orange et blanc
crocus jaune en fin d'hiver
papillon sur un champ de marguerites
Le givre en janvier 2017
hortensia bleu
crocus dans un bois
Iris jaune
fleur de pissenlit
jonquilles doubles
fleurs d'été mauve clair
fleurs roses
dernières fleurs d'été

Bac et études littéraires : mon manuel "Analyse approfondie du poème"

 Travail de fond sur l'écriture poétique, de l'élaboration à l'interprétation 



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Commentaires: 3
  • #1

    Isabelle H. (dimanche, 17 août 2014 13:07)

    Une belle palette de coloris ! superbes photos !!

  • #2

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