L’allégorie exprime une pensée sous une forme imagée, afin de faire comprendre un autre sens, qui est celui visé par le texte.
Voici un exemple de poème allégorique : « Variation sur un vol », un récit qui utilise une succession de tropes avec une double lecture.
Il pleut, une gouttelette d’eau commence sa vertigineuse descente vers le sol, elle s’inquiète. Où tombera-t-elle et que deviendra-t-elle ? C’est le thème apparent du poème.
Un adolescent quitte le cocon familial et glisse progressivement vers de grosses difficultés, c’est le sens intentionnel du poème.
La chute incontrôlable de la fragile gouttelette est l'illustration des circonstances qui poussent l’adolescent jusqu'à la délinquance, c'est une allégorie.
« Variation sur un vol » est un poème de 41 vers libres, très difficile à écrire, puisque chaque mot doit concerner à la fois la goutte d'eau et l'adolescent.
Voici de courts extraits de mon travail :
"Printanière, délicate, je folâtre et volette,
Choyée sur mon nuage, légère gouttelette.
(...)
Mais ces gouttes m’entrainent...
Je voudrais m’insérer ! Laissez-moi remonter !
Libre ? Chute libre !
Devant mon ciel tout gris, un horizon tout noir !
Là, un torrent de larmes.
Emprisonnée au cœur d’une pluie d’orage, la goutte d'eau ne peut choisir sa destination. Elle qui rêvait de sites magnifiques, elle qui rêvait d’aventures féériques, je la précipite vers l’inconnu !
Après les connotations agréables du lac, du fleuve, des cascades, de l'océan et des marées, je choisis une hyperbole péjorative : "un torrent de larmes", la
gouttelette pleure.
Hélas, de mauvaises fréquentations conduisent mon adolescent sur le chemin de la délinquance « ces gouttes m’entrainent ». Il souhaiterait travailler honnêtement "m'insérer" "laissez-moi remonter" mais il est pris dans un engrenage infernal, dans une impasse, il pleure « un torrent de larmes ». Je répète le mot « libre », en jouant sur sa polysémie (c’est une antanaclase), passant de la liberté à la chute incontrôlable.
« Dis-moi, où dois-je me poser ? »
Sur un sommet frileux que blanche neige emmitoufle ?
Sur un volcan poussif que les sapins étouffent ?
Choisir un doux roseau, veiller sur son berceau, le ruisseau ?
Barboter sur la mer, lame de ses courroux, qui gronde le sable mou ? »
La gouttelette va choisir sa destination ; va-t-elle enfiler sa robe blanche, grossir un ruisseau, gouter les plaisirs de la mer ? Elle pourrait se mêler à la vague déchainée pour rudoyer le sable nonchalant « lame de ses courroux ».
Je détends l'atmosphère, la féérique Blanche-Neige couvre les sommets frileux avec tendresse, le volcan fatigué est vaincu par de vigoureux sapins.
Des phrases interrogatives, un parallélisme, un rythme binaire suivi d’un rythme ternaire, un vocabulaire mélioratif et un vocabulaire dépréciatif : je multiplie
les procédés pour montrer qu’elle hésite.
L'individu promet de se corriger « où dois-je me poser ? », il recherche un travail honnête « sur un sommet, sur un volcan », mais ce travail ne l’enthousiasme pas « frileux, poussif, étouffent ».
Le couple mettra au monde un bébé « un doux roseau, veiller sur son berceau ».
L’homme jouera sur la plage avec ses enfants. Mais barboter, argotisme, signifie également dérober, voler...
Il se permettra même de diriger (ou de malmener) du personnel « qui gronde le sable mou ». Il se montre à nouveau violent « lame, courroux ».
© Dominique Fache
Sur 12 pages, je vous explique comment ou pourquoi j’utilise tel ou tel procédé littéraire.
Ensuite, nous analysons l’allégorie mot à mot.
"Traintrain"
Ce poème de vingt-deux vers libres est une allégorie, je représente une abstraction, les étapes de la vie, par une image concrète, le voyage du train.
Le parcours de la locomotive est le thème apparent, la vie est le sens intentionnel.
Traintrain
[…]
Rouage grince et crisse et crie,
Fumée, fumée,
Elle écrase le rail et crache sa vapeur,
Et tire son tender dans un fracas rageur,
(…)
File à travers villages vallons vallées forêts fumée
Elle avale les ponts sémaphore et relais
fumée,
(…)
Siffle, siffle, siffle, et réveille les fées
[…]
Je vous propose ces quelques lignes, tirées de mon étude :
" Le train qui circule deviendra l’allégorie de la vie qui passe. Pour une lecture au premier degré, je vais brosser le parcours d’un train, mais l’isotopie permettra au lecteur de reconnaitre le parcours de l’être humain.
(...)
Commence un long travail préparatoire, surtout axé
- sur un lexique commun à l'être humain et au train ;
- sur une sélection de mots répétant des sonorités expressives (allitérations et assonances) ;
- sur le schéma rythmique qui évoquera à la fois l'itinéraire du train et les étapes de la vie.
Il n’est plus question de citer « la locomotive », j’utiliserai le pronom personnel « elle », pronom ambigu remplaçant tour à tour la locomotive et la vie.
Le plan du futur poème
Mon introduction :
Le long du quai, la locomotive est prête, la naissance du bébé.
Le développement en trois parties :
Le départ du train, l’enfance ;
la vitesse de croisière, l’âge adulte ;
la fin du voyage.
La conclusion : Un nouveau voyage, la génération suivante."
(...)
« Les wagons guillerets
Fumée
File à travers villages vallons vallées forêts fumée »
"Le rythme s’accélère sensiblement. J’abandonne la ponctuation. La locomotive semble voler sur les allitérations en [f] ; [v] et [l]. Chaque mot de l’énumération « villages vallons vallées forêts fumée » sera lu en deux syllabes (e muet), je marque les accents toniques, avec une brève pause entre les mots. Je divise ainsi le vers en cinq groupes de deux mesures. J’aimerais que le lecteur retrouve le bruit saccadé du train lancé à pleine vitesse, c’est une nouvelle harmonie imitative.
Ma locomotive traverse de beaux paysages, l’enfant grandit et découvre différentes facettes de la vie."
© Dominique Fache
Sur 10 pages, découvrez l'étude complète de "Traintrain".
Et d'autres allégories :
Le poème "Floraison" fait l’objet d’une lecture littérale autour des fleurs et d’une lecture symbolique sur le thème des comportements humains.
Dans la nouvelle "Perpendiculaires", le soleil semble jouer avec l’ombre d'Adeline, c’est une allégorie du drame vécu par la demoiselle.
Derrière le "Sketch qui n'existe pas", je vois un adolescent fragile, c'est à lui que j'adresse mes messages.
Parmi les notions citées dans le commentaire du poème "Variation sur un vol" vous trouverez :
le schéma narratif : la situation initiale, l’élément perturbateur, les péripéties, l’élément de résolution, la situation finale.
un énoncé ancré dans la situation d’énonciation,
la focalisation interne,
une énumération, un parallélisme, une question rhétorique, une ellipse, une hyperbole, une gradation positive, une gradation négative, une asyndète,
la polysyndète, une épizeuxe, une antanaclase, une épiphore, un homéoptote, une homéotéleute.
un calembour, une paronomase, une rime intérieure, une allitération, une assonance,
un rythme binaire, un rythme ternaire, un rythme accumulatif, un accent tonique, un accent de groupe,
une morale implicite,
un registre didactique, merveilleux, lyrique, épique, comique, pathétique,
la fonction expressive, la fonction poétique,
une suspension,
une phrase nominale, une phrase interrogative, exclamative,
une interjection, une conjonction de coordination, un adverbe,
le mode des verbes,
la polysémie, une connotation, un vocabulaire mélioratif, un vocabulaire dépréciatif, un argotisme.
Voici quelques courts extraits de mes analyses :
Un poète vous explique comment il utilise les procédés littéraires - Edition 2018
L'Analyse approfondie du poème, de l'élaboration à l'interprétation - Edition 2022
Des sketchs, des nouvelles et des poèmes, écrits dans un registre lyrique, élégiaque, merveilleux, pathétique, épidictique, polémique, satirique, didactique, ou comique.
Découvrez les 44 textes dans mon recueil