Couleurs d'automne

Les vers s'envolent vers les feuilles rousses

Poèmes classiques et photos poétiques

Voici que la saison décline

Voici que la saison décline,

L’ombre grandit, l’azur décroît,

Le vent fraîchit sur la colline,

L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

Août contre septembre lutte ;

L’océan n’a plus d’alcyon ;

Chaque jour perd une minute,

Chaque aurore pleure un rayon.

La mouche, comme prise au piège,

Est immobile à mon plafond ;

Et comme un blanc flocon de neige,

Petit à petit, l’été fond.

 

Dernière gerbe -   Victor Hugo 1802-1885 


L’automne  -  Alphonse de Lamartine

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !

Feuillages jaunissants sur les gazons épars !

Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature

Convient à la douleur et plaît à mes regards !

 

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,

J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,

Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière

Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

 

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,

A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,

C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire

Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

 

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,

Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,

Je me retourne encore, et d’un regard d’envie

Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !

 

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,

Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;

L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !

Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

 

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie

Ce calice mêlé de nectar et de fiel !

Au fond de cette coupe où je buvais la vie,

Peut-être restait-il une goutte de miel ?

 

Peut-être l’avenir me gardait-il encore

Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ?

Peut-être dans la foule, une âme que j’ignore

Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu ? …

 

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;

A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;

Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu’elle expire,

S’exhale comme un son triste et mélodieux.

 

Méditations poétiques -  Alphonse de Lamartine 1790 – 1869

vigne rouge sur ciel bleu et nuages


Octobre est doux…

Octobre est doux. – L’hiver pèlerin s’achemine

Au ciel où la dernière hirondelle s’étonne.

Rêvons… le feu s’allume et la bise chantonne.

Rêvons… le feu s’endort sous sa cendre d’hermine.

 

L’abat-jour transparent de rose s’illumine.

La vitre est noire sous l’averse monotone.

Oh ! le doux « remember » en la chambre d’automne,

Où des trumeaux défunts l’âme se dissémine.

 

La ville est loin. Plus rien qu’un bruit sourd de voitures

Qui meurt, mélancolique, aux plis lourds des tentures…

Formons des rêves fins sur des miniatures.

 

Vers de mauves lointains d’une douceur fanée

Mon âme s’est perdue ; et l’Heure enrubannée

Sonne cent ans à la pendule surannée…

 

Albert Samain 1858 - 1900  -  Au jardin de l’infante



Chanson d'automne

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon cœur

D'une langueur

Monotone.

 

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure.

 

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la Feuille morte.

 

Paul VERLAINE   (1844-1896)

Et je m'en vais Au vent mauvais Pareil à la Feuille morte
Et je m'en vais Au vent mauvais Pareil à la Feuille morte
feuilles dorées


Automne de Guillaume Apollinaire

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux

Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne

Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne

Une chanson d’amour et d’infidélité

Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise

Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été

Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

 

Alcools, 1913  - Guillaume Apollinaire

Arbres givrés à Berneval-le-Grand

Dans le parc …   Albert Samain

Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous

Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux

L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude,

Sous le ciel pâlissant comme de lassitude,

Nous irons, si tu veux, jusqu’au soir, à pas lents,

Bercer l’été qui meurt dans nos cœurs indolents.

Nous marcherons parmi les muettes allées ;

Et cet amer parfum qu’ont les herbes foulées,

Et ce silence, et ce grand charme langoureux

Que verse en nous l’automne exquis et douloureux

Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres

Et des parterres nus où grelottent les marbres,

Baignera doucement notre âme tout un jour,

Comme un mouchoir ancien qui sent encor l’amour.

 

Le chariot d’or  - Albert Samain  1858  - 1900



Saisons

En mai, dans le jardin où tous deux cheminions,

La rosée allumait au soleil ses facettes ;

Les branches soupesaient indolemment leurs fruits

Encor verts par-dessus les grillages détruits ;

En août, nos doigts gourmands ont laissé des fossettes

Dans la ronde chair rouge et verte des brugnons.

En octobre, les fruits ne seront plus aux branches,

L’automne répandra sa légère rousseur ;

Décembre nous rendra les lampes et la table,

Mais ta bouche est un fruit rouge, mûr et durable,

Et mes dents y viendront mordre de si bon cœur

Que j’oublierai l’hiver et ses pelouses blanches.

 

Lucie Delarue-Mardrus 1874 - 1945 - Horizons, Tendresses, 1904



Chant d’automne

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

 Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,

Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,

Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,

Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,

Même pour un ingrat, même pour un méchant ;

Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère

D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !

Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,

Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,

De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

 

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

un arbre mystérieux


L’Automne de Théodore de Banville

Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil,

Embrase le coteau vermeil

Que la vigne pare et festonne.

 

Père, tu rempliras la tonne

Qui nous verse le doux sommeil ;

Sois le bienvenu, rouge Automne,

Accours dans ton riche appareil.

 

Déjà la Nymphe qui s’étonne,

Blanche de la nuque à l’orteil,

Rit aux chants ivres de soleil

Que le gai vendangeur entonne.

Sois le bienvenu, rouge Automne.

 

Théodore de Banville 1823 – 1891

couleurs de la forêt en automne


Matin d’Octobre

 C’est l’heure exquise et matinale

Que rougit un soleil soudain.

A travers la brume automnale

Tombent les feuilles du jardin.

 

Leur chute est lente. On peut les suivre

Du regard en reconnaissant

Le chêne à sa feuille de cuivre,

L’érable à sa feuille de sang.

 

Les dernières, les plus rouillées,

Tombent des branches dépouillées :

Mais ce n’est pas l’hiver encor.

 

Une blonde lumière arrose

La nature, et, dans l’air tout rose,

On croirait qu’il neige de l’or.

 

Promenades et Intérieurs  -  François Coppée 1842 – 1908  



La Mort du Soleil

Le vent d’automne, aux bruits lointains des mers pareil,

Plein d’adieux solennels, de plaintes inconnues,

Balance tristement le long des avenues

Les lourds massifs rougis de ton sang, ô soleil !

 

La feuille en tourbillons s’envole par les nues ;

Et l’on voit osciller, dans un fleuve vermeil,

Aux approches du soir inclinés au sommeil,

De grands nids teints de pourpre au bout des branches nues.

 

Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour !

Ta gloire en nappes d’or coule de ta blessure,

Comme d’un sein puissant tombe un suprême amour.

 

Meurs donc, tu renaîtras ! L’espérance en est sûre.

Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix

Au cœur qui s’est brisé pour la dernière fois ?

 

Poèmes barbares --Charles Leconte de Lisle 1818 – 1894 

arbres en autome, feuilles rousses et jaunes
coucher de soleil en lisière de bois près de Criel-sur-Mer

Fin d’année

Sous des cieux faits de filasse et de suie,

D’où choit morne et longue la pluie,

Voici pourrir

Au vent tenace et monotone,

Les ors d’automne ;

Voici les ors et les pourpres mourir.

 

O vous qui frémissiez, doucement volontaires,

Là-haut, contre le ciel, tout au long du chemin,

Tristes feuilles comme des mains,

Vous gisez, noires, sur la terre.

 

L’heure s’épuise à composer les jours ;

L’autan comme un rôdeur, par les plaines circule ;

La vie ample et sacrée, avec des regrets sourds,

Sous un vague tombeau d’ombre et de crépuscule,

Jusques au fond du sol se tasse et se recule.

 

Dites, l’entendez-vous venir au son des glas,

Venir du fond des infinis là-bas,

La vieille et morne destinée ?

Celle qui jette immensément au tas

Des siècles vieux, des siècles las,

Comme un sac de bois mort, l’année.

 

Emile Verhaeren 1855 - 1916

Heure d’automne

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière !

Râles que roule, au vent du nord, la sapinière,

Feuillaison d’or à terre et feuillaison de sang,

Sur des mousses d’orée ou des mares d’étang,

Pleurs des arbres, mes pleurs, mes pauvres pleurs de sang.

 

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière !

Secousses de colère et rages de crinière,

Buissons battus, mordus, hachés, buissons crevés,

Au double bord des longs chemins, sur les pavés,

Bras des buissons, mes bras, mes pauvres bras levés.

 

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière ?

Quelque chose, là-bas, broyé dans une ornière,

Qui grince immensément ses désespoirs ardus

Et qui se plaint, ainsi que des arbres tordus,

Cris des lointains, mes cris, mes pauvres cris perdus.

 

Emile Verhaeren 1855 -1916

sapin au crépuscule


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Etude des procédés littéraires de l'écriture poétique

Analyse du poème, idée par idée, technique après technique, mot à mot
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Les Fleurs, les Ronces et la Cigüe

Poèmes et collection de textes courts

Les Fleurs, les Ronces et la Cigüe
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